Actualité industrie · 2026-09-12

CineStill SpectraCOLOR : pas une nouvelle pellicule, mais peut-être quelque chose d'aussi utile

Quand CineStill annonce « la prochaine grande étape » pour l'argentique couleur, le réflexe est d'imaginer une nouvelle émulsion. Un successeur à la 800T, une ISO 400 longtemps réclamée, quelque chose à charger dans un boîtier. Mais SpectraCOLOR™, présenté en 2025, ne se charge pas dans un appareil. C'est une technologie de numérisation, et c'est précisément là que ça devient intéressant, et un peu plus nuancé qu'un simple communiqué de presse ne le laisse entendre.

Ce que c'est concrètement

SpectraCOLOR se déploie sur deux fronts distincts. D'abord une source lumineuse physique, le CS-LITE+, pensée pour la numérisation par appareil numérique (camera scanning). Ensuite, un ensemble d'outils logiciels gratuits, les CS Negative+ Convert Tools, intégrés directement à Adobe Lightroom, Lightroom Mobile, Photoshop et Bridge/Camera Raw.

Le CS-LITE+ n'est pas une simple mise à jour du CS-LITE original. CineStill dit l'avoir repensé de fond en comble. La différence principale : le CS-LITE+ émet des longueurs d'onde ultra-narrowband, soigneusement choisies pour correspondre aux couches de colorants du film négatif couleur, quelque chose d'inatteignable avec la technologie LED traditionnelle. L'idée est de réduire ce que l'industrie appelle le « color cross-talk », soit la contamination entre canaux de couleur qui produit des teintes décalées et des tons boueux, même avec des sources à CRI élevé.

Le problème visé n'est pas anodin. Un négatif couleur a été conçu pour être imprimé en chambre noire ou projeté, et sa science colorimétrique est construite autour de ces processus, pas autour d'un capteur numérique. Quand on pointe un appareil numérique sur un négatif éclairé par une lumière blanche ordinaire, même une excellente lumière daylight à CRI 95+, les densités de colorants du film et la réponse spectrale du capteur ne se parlent pas idéalement. Les méthodes traditionnelles échouent souvent à capturer toute la profondeur des données couleur d'un négatif, même avec une lumière à CRI élevé.

CineStill s'est attaqué à cette mécanique en calibrant le spectre lumineux du CS-LITE+ aux courbes de densité de colorants des films négatifs couleur. Les modes couleur du panneau ne se règlent plus avec un bouton électronique comme sur l'ancien CS-LITE : ils se changent à l'aide de feuilles de calibration physiques livrées avec l'unité. Un choix un peu surprenant à première vue, mais qui a du sens si on comprend que le mode couleur agit directement sur le comportement des LEDs narrowband, pas simplement sur la balance des blancs.

Comparaison schématique entre un spectre LED standard et le spectre narrowband du CS-LITE+ face aux couches de colorants d'un négatif couleur Longueur d'onde Intensité Cyan Magenta Jaune LED standard (spectre large) CS-LITE+ (narrowband)
Représentation qualitative — le CS-LITE+ émet des pics étroits alignés sur les couches de colorants du négatif, là où un spectre LED large répartit l'énergie sur toute la plage visible, générant du cross-talk entre canaux.

Les outils logiciels : gratuits, et c'est sérieux

L'autre moitié de l'annonce est peut-être encore plus accessible. Les CS Negative+ Convert Tools s'installent comme des presets dans Lightroom, y compris Lightroom Mobile, ce qui les rend disponibles sans abonnement supplémentaire.

Ce que font ces outils : inverser les négatifs couleur en s'appuyant sur la science colorimétrique de SpectraCOLOR plutôt qu'une simple inversion de courbe. La logique déclarée est que l'algorithme s'inspire des courbes sensitométriques caractéristiques des impressions en chambre noire RA-4 et de la projection cinématographique. Autrement dit, au lieu de demander à Lightroom de faire une inversion générique, le plugin applique une conversion qui cherche à restituer ce que le film « voulait » être à l'impression.

Le résultat annoncé par CineStill : des couleurs plus précises, un meilleur contraste, et une correspondance plus fidèle au négatif original, tout en réduisant le besoin de correction colorimétrique en postproduction.

Ces outils fonctionnent avec n'importe quelle source lumineuse, mais CineStill précise qu'ils sont optimisés quand on les combine avec le CS-LITE+. C'est cohérent avec l'idée d'un écosystème, et aussi, soyons honnêtes, avec l'idée de vendre deux produits plutôt qu'un.

Ce que ça change, et ce que ça ne change pas

Commençons par ce que ça ne change pas : le développement. SpectraCOLOR n'intervient à aucun moment dans la chimie. On développe toujours son C-41 à la maison avec les mêmes protocoles, les mêmes températures, les mêmes contraintes. Ce n'est pas une nouvelle émulsion non plus ; la 800T et la 50D restent les deux seules pellicules couleur CineStill disponibles. Si on espérait une nouvelle entrée dans la gamme, ce n'est pas pour aujourd'hui, même si le blog de CineStill laisse entendre que d'autres annonces arrivent encore cet été 2025.

Ce que ça change, potentiellement, c'est la fidélité du résultat final quand on passe par une numérisation maison. Pour qui développe soi-même et numérise avec un appareil photo plutôt qu'un scanner à tambour ou un Noritsu, l'étape qui reste souvent la plus frustrante est précisément la conversion du négatif. Negative Lab Pro a démocratisé cette étape avec des résultats très corrects, mais il y a toujours une part de correction manuelle, de film en film, de bobine en bobine. Si SpectraCOLOR tient ses promesses, ça pourrait se traduire par une conversion qui correspond mieux au film, avec moins de temps passé à corriger les couleurs en postproduction.

Les deux composants du système SpectraCOLOR et leur interaction dans un pipeline de numérisation maison Négatif C-41 développé CS-LITE+ Source narrowband + feuilles calibration Camera scanning CS Neg+ Convert Tools Lightroom / PS (gratuit) Pipeline SpectraCOLOR — du négatif au positif numérique
Les deux composants de SpectraCOLOR (CS-LITE+ et CS Negative+ Convert Tools) s'inscrivent dans un pipeline de numérisation maison, sans modifier l'étape de développement chimique.

Comparer avec les promesses passées

CineStill a un historique de communication ambitieuse. La 800T a été un vrai succès commercial et un film qui a trouvé sa place dans de nombreux workflows, mais son rendu particulier, halos orange, grain prononcé à haute sensibilité, est autant une contrainte qu'une caractéristique. La 50D est excellente en termes de finesse de grain, mais son usage reste limité à des conditions lumineuses favorables.

SpectraCOLOR s'inscrit dans cette logique d'une marque qui occupe un espace entre le cinéma et la photographie argentique grand public, en proposant des outils qui facilitent le passage vers le numérique sans renier le procédé argentique. C'est cohérent avec leur positionnement. Est-ce « la prochaine grande étape » ? Probablement pas pour un photographe qui envoie ses films chez un labo et reçoit des scans TIFF. Peut-être oui pour ceux qui font tout eux-mêmes, du développement à la numérisation, et qui cherchent à fiabiliser leur pipeline sans investir dans du matériel de labo professionnel.

Le prix d'introduction du CS-LITE+ est autour de 89,95 USD, avec disponibilité chez les revendeurs annoncée à partir de l'automne 2025. C'est un achat supplémentaire si on possède déjà l'ancien CS-LITE, mais pas un investissement démesuré si on part de zéro.

Ce qu'on ne sait pas encore

La communication de CineStill mentionne que SpectraCOLOR est « la première » d'une série d'annonces. Ce que ça signifie concrètement reste vague, et les spéculations vont bon train sur les forums : une nouvelle pellicule ? Un scanner dédié ? Un partenariat labo ? Pour l'instant, tout ça reste de la fumée.

Pour aller plus loin

Si tu veux tester les outils logiciels sans débourser un centime, les CS Negative+ Convert Tools v1.2 sont disponibles gratuitement sur cinestillfilm.com et s'installent directement dans Lightroom. C'est le point de départ le moins risqué pour évaluer ce que la science colorimétrique SpectraCOLOR donne avec ton film habituel.

Pour la source lumineuse, le CS-LITE+ (autour de 89,95 USD) vise directement ceux qui ont déjà un rig de camera scanning et veulent aller plus loin que ce qu'une source générique permet. La comparaison directe avec le CS-LiteBrite+ existant sera instructive une fois que les unités seront plus largement disponibles chez les revendeurs.

Sources