Prise de vue · 2026-08-29

Demi-format argentique : 72 poses par rouleau, mais à quel prix ?

Le principe est simple et un peu séduisant : au lieu d'exposer un cadre de 24 × 36 mm sur votre pellicule 35 mm, un appareil demi-format n'en utilise que la moitié, soit environ 17 × 24 mm (ou 18 × 24 mm selon les modèles). Résultat, un film 36 poses devient un film 72 poses, un 24 poses en donne 48. Sur le papier, c'est une économie immédiate et réelle sur les pellicules, dont le prix ne cesse de grimper. Dans la pratique, c'est un peu plus nuancé.

Ce que le demi-format change vraiment sur vos coûts

La pellicule couleur courante tourne aujourd'hui autour de 15 à 20 $ le rouleau 36 poses, sans compter le développement. En demi-format, vous doublez le nombre d'images par rouleau, donc vous divisez votre coût par image par deux. Sur une année de pratique régulière, ça finit par représenter une somme notable. C'est l'argument principal, et il est honnête.

Mais il y a un bémol à ne pas ignorer : le développement, lui, reste identique. Vous payez le même tarif pour faire développer un rouleau, que celui-ci contienne 36 ou 72 images. Ce qui change, c'est votre coût par photo, pas votre coût par rouleau. Si vous faites scanner vos négatifs chez un lab, certains facturent au cadre : dans ce cas, vos 72 photos coûtent deux fois plus cher à numériser qu'un 36 poses standard. Renseignez-vous avant de vous lancer : l'économie attendue peut fondre si le lab ne fait pas de forfait rouleau.

Pour ceux qui développent à la maison et numérisent eux-mêmes, l'équation est beaucoup plus favorable. Le coût chimique par rouleau ne change pas, le temps de développement non plus. Vous gagnez vraiment sur la pellicule.

Comparaison du coût par image en plein format vs demi-format selon le mode de numérisation Coût / image Mode de numérisation Plein format lab / cadre Demi-format lab / cadre Demi-format dev maison = pellicule max. économie
Représentation qualitative du coût par image selon le format et le mode de numérisation. Les hauteurs sont indicatives, non chiffrées.

Le grain et la qualité d'image : le vrai compromis

C'est là que ça se complique. Un négatif demi-format est deux fois plus petit qu'un négatif plein format 35 mm. Quand vous agrandissez ou numérisez à la même taille finale, vous agrandissez davantage, et vous agrandissez aussi le grain. Sur une pellicule à grain fin comme la Kodak Ektar 100 ou la Fuji Acros 100, le résultat reste très acceptable pour des tirages raisonnables (20 × 30 cm, disons). Sur une pellicule rapide à 400 ISO ou plus, le grain devient franchement visible, parfois envahissant selon votre tolérance.

En pratique, le demi-format récompense les pellicules lentes. Si vous travaillez surtout en extérieur, en pleine lumière, avec une pellicule 100 ou 200 ISO, la perte de qualité est modeste et souvent acceptable pour un usage web ou des petits tirages. Si vous aimez shooter à 3200 ISO en ambiance sombre avec du grain expressif, le demi-format va simplement exacerber ce que vous aimez déjà. Ou le rendre ingérable, selon votre tolérance.

La netteté optique est une autre histoire. Les bons objectifs conçus pour le demi-format, comme celui du Pentax 17, sont calculés spécifiquement pour couvrir ce petit cercle image avec le maximum de piqué. Les vieux compacts demi-format des années 1960 étaient plus inégaux à ce chapitre. Ne présupposez pas que tous les objectifs demi-format se valent.

Comparaison de la taille du négatif plein format 35 mm et demi-format sur une pellicule 24 × 36 mm Plein format 17 × 24 mm Demi-format 1 pose 35 mm ½ pose
Sur la même largeur de pellicule 35 mm, le cadre demi-format occupe environ la moitié de la surface du cadre plein format. Schéma proportionnel, non à l'échelle exacte.

La contrainte du format vertical

Voilà quelque chose qui surprend souvent les nouveaux arrivants sur ce format. Parce que le négatif demi-format est orienté en portrait sur la pellicule (la hauteur du film devient la largeur du cadre), tenir l'appareil normalement, c'est-à-dire horizontalement, produit une image verticale. Pour obtenir une image horizontale, il faut tourner l'appareil à 90 degrés.

Ce n'est pas un défaut en soi, c'est une contrainte de design. Et certains photographes s'y adaptent très bien, voire l'exploitent : le format vertical pousse naturellement vers des sujets debout, des portraits en pied, des scènes de rue où les gens marchent. Mais si vous avez l'habitude de shooter des paysages horizontaux ou des groupes côte à côte, vous allez devoir modifier vos réflexes.

Les appareils demi-format vintage comme les Olympus Pen ou les Canon Demi sont d'ailleurs conçus autour de cette verticalité. Plusieurs photographes travaillent avec ces boîtiers en réalisant des diptyques ou des triptyques, en associant deux cadres adjacents sur le négatif pour créer une image panoramique. C'est une des utilisations les plus créatives du format.

Les boîtiers disponibles aujourd'hui

Pentax 17 : le seul neuf sur le marché

Lancé en juin 2024 par Ricoh Imaging, le Pentax 17 est à ce jour le seul appareil demi-format argentique vendu neuf. C'est un compact à focale fixe doté d'un objectif 25 mm f/3,5 (équivalent à environ 37 mm en plein format), dérivé de l'optique du Pentax Espio Mini et retravaillé pour le demi-format avec un traitement multicouche HD. L'appareil dispose d'un mécanisme de réarmement manuel et d'un rembobinage de la pellicule à la main. Deux choix délibérés qui lui donnent un caractère très différent d'un compact automatique ordinaire.

Son prix tourne autour de 500 à 550 $ selon les revendeurs (les cours varient), ce qui le place dans une catégorie à part, ni jouet jetable ni boîtier professionnel. C'est l'option pour ceux qui veulent un appareil neuf, fiable, avec une optique sérieuse, sans chercher dans les marchés de l'occasion.

La zone focus est fixe (pas d'autofocus), avec des plages de distances. L'exposition est automatisée, avec un mode priorité à l'ouverture possible via les réglages. Le flash intégré est là si besoin. En pratique, c'est un appareil qu'on prend sur soi tous les jours sans se poser de question de logistique.

Olympus Pen : la référence vintage

La série Olympus Pen est celle qui a popularisé le demi-format dans les années 1960. Le modèle original date de 1959, conçu par Yoshihisa Maitani. La famille est grande : Pen EE, Pen EES, Pen D, Pen F (reflex, celui-là), et d'autres variantes. Les modèles EE sont entièrement automatiques, avec cellule à sélénium qui ne nécessite pas de pile, mais dont la fiabilité varie beaucoup avec l'âge. Les Pen D ont une cellule CdS et offrent plus de contrôle.

Sur le marché de l'occasion, un Olympus Pen en bon état se trouve entre 80 et 250 $, selon le modèle et l'état. Le Pen F reflex, qui permet d'interchanger les objectifs, peut atteindre des prix nettement plus élevés pour les exemplaires en bon état. Avant d'acheter, vérifiez impérativement la cellule (qui tombe souvent en panne) et l'état du rideau d'obturation.

Canon Demi : le classique moins couru

Le Canon Demi, apparu en 1963, est souvent éclipsé par les Olympus Pen mais mérite qu'on s'y arrête. Il embarque un objectif 28 mm f/2,8 (sur les premiers modèles) et une cellule sélénium autour de l'objectif, caractéristique de l'époque. Il est légèrement plus massif que les Pen les plus compacts, mais l'ergonomie est agréable et l'optique rend bien.

Son prix sur le marché secondaire est souvent un peu plus bas que celui des Pen, ce qui en fait une option intéressante si vous voulez tester le demi-format vintage sans investir beaucoup. Ici encore, l'état de la cellule et le bon fonctionnement de l'obturation sont les points critiques à vérifier.

Boîtier Époque Objectif Prix indicatif Points de vigilance
Pentax 17 Neuf (2024) 25 mm f/3,5 500–550 $ Mise au point par zones, pas d'autofocus
Olympus Pen (EE/D) Vintage (1959–) Variable selon modèle 80–250 $ Cellule sélénium/CdS à vérifier, rideau d'obturation
Canon Demi Vintage (1963–) 28 mm f/2,8 < Olympus Pen Cellule sélénium, obturation à tester
Kodak Ektar H35 Récent 22 mm f/9,5 ~50 $ Optique d'entrée de gamme, pour débuter

Conseils de prise de vue propres au demi-format

Le premier réflexe à développer, c'est de penser vertical par défaut. Regardez vos futurs sujets différemment : est-ce que ce moment se prête à un cadrage debout ? Les gens dans la rue, les devantures de magasins, les arbres, les portraits : tout ça rentre bien dans un format vertical. Les plages, les foules en largeur, les paysages ouverts demandent un effort de rotation du boîtier que vous allez finir par faire instinctivement.

Choisissez vos pellicules en conséquence. Avec un agrandissement plus important à la numérisation, une pellicule 100 ISO à grain fin vous donnera des résultats bien plus exploitables qu'une 800 ISO. Si vous shootez en faible lumière, acceptez le grain comme une esthétique part entière, pas comme un défaut à corriger.

Enfin, pensez à la narration en séquence. Le fait d'avoir 72 poses pousse parfois à shooter plus librement, ce qui peut être une libération ou une façon de gaspiller de la pellicule selon votre discipline habituelle. Certains utilisent cet excédent de poses pour travailler des séquences, enchaîner plusieurs images sur un même moment, comme une planche contact improvisée. C'est une façon de tirer parti du format plutôt que de simplement le subir.

Pour aller plus loin

Si vous voulez tester le demi-format avant d'investir dans un Pentax 17 ou un Olympus Pen en bon état, le Kodak Ektar H35 est une entrée très accessible (autour de 50 $) avec un objectif 22 mm f/9,5. Il ne se compare pas optiquement aux deux autres, mais il permet de se familiariser avec la contrainte du format vertical et la gestion des 72 poses pour une mise de fonds minime.

Pour l'achat d'un Olympus Pen ou Canon Demi vintage, les plateformes comme eBay Japan (en cherchant directement en japonais : « オリンパス ペン ») offrent souvent des stocks plus fournis et des prix compétitifs une fois le transport inclus. Les boutiques spécialisées canadiennes offrent l'avantage de pouvoir inspecter l'appareil avant achat.

Côté pellicule pour le demi-format, la Kodak Gold 200 reste un excellent point de départ : grain modéré, bonne latitude, disponible partout et à prix raisonnable. Si vous visez la finesse maximale, la Kodak Ektar 100 ou la Fujifilm Provia 100F (en inversible) tireront le meilleur du petit négatif.

Sources