Prise de vue · 2026-09-11

Flash argentique : synchro X, guide number et TTL, éclairer sans gâcher un rouleau

Le flash est probablement ce qui intimide le plus les gens qui reviennent à l'argentique. En numérique, on ajuste en direct, on vérifie l'histogramme, on recommence. En argentique, l'éclair est parti, le film a répondu, et on ne saura ce que ça donne que dans quelques jours. C'est cette incertitude qui pousse beaucoup de gens à éviter le flash complètement, ou à le régler n'importe comment en espérant que le TTL s'arrange de tout.

Comprendre les mécaniques de base, une fois pour toutes, permet d'arriver sur place avec des réglages déjà sérieux et de ne pas gâcher le rouleau.

La synchro X : ce rideau qui change tout

Un reflex 35 mm utilise un obturateur à rideaux. Deux rideaux en tissu ou en lamelles métalliques traversent le plan du film : le premier ouvre, le second ferme. À basse vitesse (disons 1/60 s), le premier rideau a le temps de traverser complètement le cadre avant que le second commence à se fermer. Le film est entièrement découvert pendant un instant. À haute vitesse (disons 1/500 s), les deux rideaux se chevauchent et forment une fente qui balaie le film, jamais complètement ouvert en un seul instant.

Le flash dure quelques millièmes de seconde, souvent moins de 1/1000 s. Pour qu'il éclaire toute la surface du film, il faut déclencher pendant l'unique moment où le film est entièrement découvert. C'est la vitesse de synchronisation X, notée synchro X ou X-sync. C'est la vitesse maximale à laquelle le flash peut fonctionner normalement.

Si on dépasse cette limite, le second rideau commence à fermer avant que le premier ait fini d'ouvrir. L'éclair illumine une fente, pas tout le cadre. On obtient une bande noire sur la photo : le signe classique d'une mauvaise synchronisation.

Fonctionnement de l'obturateur à rideaux selon la vitesse et la synchro X Basse vitesse (ex. 1/60 s) Film découvert ✓ flash OK Haute vitesse (ex. 1/500 s) Fente — flash partiel ✗ Rideau Film exposé
À basse vitesse, le film est entièrement découvert : le flash éclaire toute la surface. À haute vitesse, les deux rideaux se chevauchent en fente ; l'éclair n'éclaire qu'une bande.

La synchro X varie selon les boîtiers. Les reflex mécaniques des années 70 avaient souvent 1/60 s, parfois 1/90 s. Les appareils plus modernes des années 80-90 atteignent couramment 1/125 s ou 1/200 s. Certains boîtiers à obturateur central (certains Rollei, des Hasselblad avec objectifs à soufflet intégré) peuvent synchroniser jusqu'au 1/500 s parce que l'obturateur est dans l'objectif et s'ouvre et se ferme en un seul mouvement concentré. Sur un reflex 35 mm ordinaire, la vitesse synchro X est indiquée sur le sélecteur en rouge ou marquée d'un éclair. Il faut rester à cette vitesse ou en dessous, jamais au-dessus.

Synchro premier rideau, second rideau

Sur certains boîtiers, on peut choisir entre synchro premier rideau (l'éclair se déclenche dès que le premier rideau a fini de traverser) et synchro second rideau (l'éclair se déclenche juste avant que le second rideau commence). En exposition longue, ça change tout pour les sujets en mouvement. Avec la synchro premier rideau et une vitesse lente, une voiture en mouvement aura sa traînée de lumière devant elle, comme si elle reculait. Avec la synchro second rideau, la traînée suit le sujet, ce qui est beaucoup plus naturel. Pour les portraits et les sujets fixes, ça ne change rien.

Le guide number : la formule qu'on n'oublie pas

Le guide number (nombre guide, ou NG) relie l'ouverture du diaphragme à la distance flash-sujet par la formule : ouverture = NG ÷ distance. C'est une valeur exprimée en mètres à ISO 100.

NG = distance (m) × ouverture (f/)

Ou, dans l'autre sens :

ouverture = NG ÷ distance

Exemple concret : un flash de NG 30 (à ISO 100), sujet à 3 mètres, demande f/10. À 5 mètres, f/6. À 1,5 mètre, f/20, ce qui n'est souvent pas disponible sur le diaphragme, donc on réduit la puissance du flash ou on recule un peu.

La loi du carré inverse explique pourquoi la lumière chute si vite : doubler la distance divise l'intensité par quatre, pas par deux. À 6 mètres, le même flash de NG 30 donne à peu près f/5, soit deux diaphragmes de perdu par rapport à 3 mètres.

Quand la sensibilité change, le guide number s'ajuste. Un flash qui possède un nombre guide de 26 pour ISO 100 aura un nombre guide de 52 si l'on élève la valeur ISO à 400. Ça augmente la portée utile, ou ça permet de fermer le diaphragme pour plus de profondeur de champ.

Tableau guide number : ouverture recommandée selon la distance, NG 30 à ISO 100 1,5 m 2 m 3 m 5 m 6 m Distance flash–sujet f/20 f/15 f/10 f/6 f/5 Ouverture (f/) NG 30 – ISO 100
Ouverture recommandée en fonction de la distance pour un flash NG 30 à ISO 100. Courbe qualitative ; les valeurs exactes dépendent du NG réel mesuré.

Le TTL argentique : ce qu'il fait vraiment

Le TTL (Through The Lens) argentique n'est pas le même système que le E-TTL Canon ou le i-TTL Nikon des boîtiers numériques. Le principe est pourtant similaire : la lumière du flash est mesurée à travers l'objectif, et le système coupe l'éclair quand la quantité de lumière reçue est suffisante.

La différence technique tient au moment de la mesure. Sur un argentique, le flash se déclenche normalement, et une cellule photosensible placée à l'intérieur du boîtier mesure la lumière réfléchie par le film lui-même (ou par une surface de référence proche du plan film). Quand la cellule juge que l'exposition est correcte, elle envoie le signal de coupure au flash. C'est rapide, souvent en dessous de 1/1000 s, mais c'est réactif : le flash s'adapte à la scène réelle.

Ce système fonctionne bien dans la majorité des situations courantes : portrait en intérieur à distance raisonnable, scène relativement uniforme. Il déraille plus facilement dans les cas limites : sujet très sombre sur fond clair, pièce aux murs très absorbants, ou flash pointé en bounce sur un plafond de couleur chaude. Le protocole de déclenchement est différent entre un reflex argentique et un modèle numérique, et le TTL argentique n'a pas de mesure préliminaire comme le E-TTL numérique qui envoie un pré-éclair invisible avant le déclenchement.

La vraie différence avec le mode manuel, c'est la répétabilité. En TTL, le flash s'adapte, ce qui est commode quand on se déplace ou qu'on change d'angle. Mais cette adaptation peut aussi varier d'une image à l'autre si la réflectance du sujet change. En mode manuel, l'intensité est fixe : une fois le bon réglage trouvé, toutes les photos dans les mêmes conditions seront identiques. Pour un portrait répétitif ou une session événement dans une salle stable, le mode manuel est souvent préférable précisément parce qu'il est prévisible.

Choisir un flash compatible avec un boîtier vintage

C'est là que les choses se compliquent un peu, et qu'une mauvaise décision peut endommager un boîtier.

Certains vieux flashs des années 70 (Vivitar, Metz, Cobra, entre autres) utilisaient des tensions de déclenchement très élevées sur la griffe, parfois 200 V ou plus. Ces tensions ne posaient pas de problème sur les boîtiers mécaniques de l'époque, où la griffe était connectée à un simple contact mécanique. Sur les boîtiers électroniques modernes, même des reflex argentiques des années 80, ces tensions peuvent endommager les circuits. Avant d'acheter un vieux flash inconnu pour le monter sur un boîtier, il vaut la peine de vérifier sa tension de synchro. Il existe des listes en ligne par modèle, et un multimètre sur la griffe du flash (condensateur chargé, flash éteint) donne la mesure directe. La plupart des boîtiers modernes tolèrent jusqu'à 5-6 V; certains jusqu'à 250 V avec des circuits robustes.

Pour une compatibilité sans tracas, les options les plus sûres sont les flashs de la marque correspondant au boîtier (Nikon SB-24, SB-25, SB-28 pour les Nikon F-mount ; Canon 430EZ, 540EZ pour les EOS argentiques), ou des flashs plus récents de Metz, Sunpak ou Godox avec des tensions basses sur la griffe. Ces flashs récents ont souvent un mode TTL propriétaire et un mode manuel complet avec ajustement par paliers.

Sur un compact argentique, la question ne se pose presque pas : la grande majorité des compacts ont un flash intégré calibré pour le film en chambre, et les quelques modèles avec griffe (Canon Sure Shot, Nikon L35AF…) fonctionnent généralement avec n'importe quel flash à faible tension.

Trois situations concrètes

Portrait en intérieur

C'est le cas classique. Le sujet est à 2-3 mètres, l'éclairage ambiant est faible. En TTL sur un boîtier compatible, les réglages par défaut donnent souvent quelque chose d'utilisable. En mode manuel, on calcule : NG 28, sujet à 2,5 m, ISO 400 → NG effectif ≈ 56 → ouverture ≈ f/22, ce qui est trop fermé. On réduit donc la puissance du flash à 1/4 ou 1/8, on recalcule. En pratique, on tâtonne un peu au départ, on note les réglages qui fonctionnent, et on les retrouve à chaque session similaire.

Un bounce sur le plafond ramollit la lumière et change complètement l'ambiance. Mais le bounce consomme de la puissance : on perd facilement deux diaphragmes selon la hauteur et la couleur du plafond. Sur film négatif couleur, cette marge existe; sur diapositive, le calcul doit être plus serré.

Fill-flash en extérieur

La technique du fill-in consiste à envoyer un éclair de flash suffisant pour « déboucher » les ombres. C'est l'usage le plus sous-estimé et souvent le plus efficace. En plein soleil, les ombres sous les yeux et le menton d'un portrait sont très dures. Un éclair de fill-flash à -1 ou -2 EV par rapport à l'exposition ambiante corrige ça sans que ça ressemble à un portrait en studio. La contrainte : on est limité à la synchro X. Si la lumière ambiante impose 1/500 s à f/8, on ne peut pas utiliser le flash directement. Il faut monter à f/11 ou f/16 pour descendre à 1/125 s (si c'est la synchro X du boîtier), ou accepter une légère surexposition ambiante.

Le réglage du fill-flash manuel : on calcule d'abord l'exposition ambiante correcte, on fixe la vitesse à la synchro X ou en dessous, on choisit l'ouverture correspondante, et on calcule la puissance du flash pour donner 1 à 2 diaphragmes de moins que l'exposition principale. Un léger sous-flash est presque toujours plus flatteur qu'un flash au niveau de l'exposition ambiante.

Soirée ou événement

Là, la portée et la vitesse de recyclage comptent autant que la précision. En soirée, les fonds sont souvent sombres, les sujets varient en distance, et on n'a pas le temps de recalculer à chaque image. Le TTL est plus à sa place ici, à condition que le boîtier le gère bien. Si on est en mode manuel, une astuce simple : choisir une distance de travail fixe (2,5 m, par exemple), calculer le bon diaphragme, et s'y tenir en ajustant sa position physiquement plutôt que les réglages. C'est contraignant mais efficace, et ça évite les surprises.

La synchro lente (slow sync) est une option sur certains boîtiers : on choisit une vitesse longue (1/15, 1/8 s) pour laisser l'ambiance s'enregistrer sur le fond, tout en gelant le sujet au premier plan avec le flash. L'effet peut être beau, mais il demande un peu de stabilité ou un pied, et le sujet doit rester immobile pendant l'exposition.

Pour aller plus loin

Si on commence avec un boîtier Nikon du système F, les Nikon SB-24 et SB-25 restent d'excellents choix d'occasion : mode TTL Nikon, mode manuel par paliers, guide number sérieux (NG 38 et 42 respectivement à ISO 100), et tension de synchro basse. On en trouve souvent à moins de 50 $ canadiens en bon état.

Pour le calcul de guide number sur le terrain, quelques fabricants et sites indépendants publient des tableaux d'exposition prêts à l'emploi (distance × ouverture par sensibilité). Le site de la-photo-argentique.com en a un pratique pour le mode manuel. C'est le genre de chose qu'on imprime et qu'on glisse dans le sac.

Pour aller plus loin sur la technique du fill-flash et la synchro lente, les sections pratiques du manuel original des SB-24/SB-25 (disponibles en PDF sur plusieurs archives en ligne) sont remarquablement bien écrites et illustrées. Elles valent le temps de lecture même si on n'utilise pas ce flash.

Sources