Harman Phoenix I et II : les films couleur britanniques valent-ils vraiment face à la Kodak Gold ?
Depuis décembre 2023, Harman Technology ne se contente plus de fabriquer les films noir et blanc Ilford. La marque produit désormais ses propres émulsions couleur dans son usine de Mobberley, au Royaume-Uni. Phoenix I d'abord, puis Phoenix II en juillet 2025 — sans oublier la Harman Red et la Switch Azure qui complètent une gamme couleur qui prend de l'ampleur. Ce n'est pas rien : Harman est devenu le cinquième fabricant mondial de film couleur négatif. Pour les amateurs d'argentique qui cherchent à sortir du duopole Kodak/Fuji, ça mérite qu'on s'y attarde sérieusement.
Phoenix I : un film expérimental assumé
Le premier Phoenix est sorti en ISO 200, compatible C-41, en 36 poses. Harman a été transparent dès le départ : c'était une émulsion expérimentale, pas un film grand public raffiné. Et ça se voit. Grain prononcé, contraste élevé, palette de couleurs chaude avec une dominante orange marquée, et une fâcheuse tendance à souffler les hautes lumières dans une lueur rougeâtre caractéristique — ce qu'on appelle l'halation. Un rendu qu'on aime ou qu'on n'aime pas, souvent selon les conditions de tournage.
La latitude d'exposition est étroite. En pratique, ce film pardonne peu : sous-exposez d'un demi-stop et les ombres s'effondrent, les détails disparaissent dans la boue. Surexposez légèrement, et les hautes lumières s'emballent rapidement. Il se comporte mieux en pleine lumière, avec un éclairage doux et homogène. Par temps couvert ou dans des scènes à fort contraste, il devient imprévisible, et pas toujours de façon plaisante.
Phoenix II : une reformulation complète, pas juste une retouche
Phoenix II, sorti en juillet 2025, n'est pas une mise à jour cosmétique du premier. Harman a repris l'émulsion de zéro : nouvelles couches, nouveaux colorants, nouveaux coupleurs, nouvelle architecture. C'est techniquement un film différent qui porte le même nom de famille.
Les améliorations concrètes sont réelles. La gestion des hautes lumières est meilleure : là où Phoenix I soufflait facilement, Phoenix II retient plus de détail avant d'atteindre la saturation. Le contraste reste punchy, mais il est mieux contrôlé. Le grain est plus fin, les résultats plus cohérents d'une scène à l'autre. Et le film est maintenant disponible en 120, ce qui ouvre la porte aux utilisateurs de moyen format — un ajout non négligeable.
La dominante couleur a aussi changé. L'orange chaud du premier Phoenix s'est transformé en quelque chose de plus complexe : une teinte légèrement violacée contribue à une palette douce, presque pastel, avec des tons chauds et une saturation prononcée mais pas agressive. Ce n'est pas une restitution fidèle des couleurs réelles. C'est une interprétation stylistique assumée, avec un caractère propre à Phoenix II que plusieurs critiques ont comparé au rendu Fujifilm Velvia — en plus accessible.
La latitude reste modérée. Il serait exagéré de prétendre que Phoenix II est aussi tolérant qu'une Kodak Portra. Le film récompense un mesurage soigné : à la bonne exposition, les couleurs sont équilibrées et les ombres conservent du détail. Surexposez de deux stops, et les hautes lumières lâchent rapidement. Certains testeurs notent qu'il vaut mieux le traiter un peu comme un film inversible dans l'approche : précis à la mise en scène, précis à l'exposition. En 120, le rendu est encore plus agréable, la plus grande superficie de la surface sensible atténuant davantage le grain visible.
La gamme couleur d'Harman : une vraie stratégie
Phoenix I et II ne sont pas des aventures isolées. Harman a clairement décidé de construire une gamme couleur complète, avec des propositions différenciées. La Harman Red joue la carte du caractère extrême avec sa dominante très marquée. La Switch Azure pousse encore plus loin dans le créatif en inversant littéralement les couleurs (les bleus deviennent oranges, les jaunes passent à l'azur, les rouges virent au violet). Ce sont des films de niche, conçus pour l'expérimentation délibérée.
Phoenix I et II occupent une position différente : des films couleur à caractère fort, mais pensés pour un usage plus régulier. Phoenix II en particulier semble cibler les photographes qui veulent quelque chose de distinctif sans s'embarquer dans un film aussi imprévisible que la Switch Azure. C'est la proposition la plus polyvalente de la gamme couleur Harman, du moins pour l'instant.
| Film | Caractère | Usage visé | Format |
|---|---|---|---|
| Phoenix I | Grain prononcé, orange chaud, halation forte | Expérimentation, esthétique vintage | 35 mm |
| Phoenix II | Pastel violacé, contraste contrôlé, grain plus fin | Usage régulier avec caractère | 35 mm & 120 |
| Harman Red | Dominante rouge très marquée | Expérimentation consciente | 35 mm |
| Switch Azure | Inversion chromatique radicale | Niche créative | 35 mm |
Face à la Kodak Gold 200 : une comparaison honnête
Le duel qui s'impose naturellement, c'est celui avec la Kodak Gold 200. Les deux films partagent la même sensibilité, le même procédé C-41, et des prix généralement proches dans la tranche bas-milieu de gamme.
La Gold 200 est un film mature, optimisé au fil des décennies. Elle est douce sur les hautes lumières, avec une latitude d'exposition confortable : on peut surexposer d'un ou deux stops sans catastrophe, ce qui est rassurant pour une utilisation quotidienne ou lors de scènes à fort contraste. Sa palette est chaude, légèrement nostalgique, avec des tons chair flatteurs et une saturation modérée. C'est un film prévisible, dans le bon sens du terme.
Phoenix II, face à elle, est moins docile mais plus singulier. Sa latitude plus étroite demande davantage d'attention à l'exposition. Ses couleurs ne cherchent pas à être fidèles : elles ont une personnalité propre, avec ce voile violacé, ces tons chauds décalés, ce grain visible qui donne aux images un caractère presque pictural. Pour des portraits en extérieur par beau temps, la Gold 200 sera généralement plus flatteuse et plus fiable. Pour un projet qui cherche une esthétique différente, ou simplement pour qui veut explorer autre chose, Phoenix II a une voix que Kodak ne propose pas.
En termes de prix, les deux films se trouvent dans des gammes comparables, autour de 10 à 15 $ le rouleau selon les revendeurs. Ce n'est pas le critère qui décide : ce qui décide, c'est le rendu qu'on cherche.
Ce qui mérite encore prudence
Phoenix II est sorti en juillet 2025. Les retours terrain continuent d'arriver, et certains testeurs rappellent que sa latitude reste plus capricieuse que ce que les annonces marketing laissent entendre. Le film est clairement meilleur que son prédécesseur, mais il ne s'est pas transformé en film grand public généraliste. Si vos conditions de prise de vue varient beaucoup, que vous passez souvent des ombres denses à la pleine lumière dans le même rouleau, attendez-vous à des résultats inégaux.
La disponibilité en 120 est encore récente, et les retours en moyen format sont moins nombreux qu'en 35mm. Les premiers tests sont encourageants — le grain plus contenu, les transitions tonales plus douces — mais il faudra quelques mois supplémentaires de pratique communautaire pour vraiment cerner son comportement en différents formats de boîtier.
Pour aller plus loin
Pour la numérisation, le film récompense un scan avec une légère réduction du contraste à l'étape de conversion : les ombres récupèrent du détail et la palette globale se révèle mieux. Certains photographes utilisent aussi un profil de scan personnalisé pour atténuer la dominante violacée si elle n'est pas souhaitée — mais ce serait en partie passer à côté de l'identité du film.
Si la gamme Harman couleur vous intéresse plus largement, la Harman Red et la Switch Azure valent le détour pour l'expérimentation consciente. Mais si vous cherchez un film couleur qui puisse devenir votre film de confiance au quotidien, testez Phoenix II d'abord, comparez avec un rouleau de Kodak Gold 200 dans les mêmes conditions, et faites votre propre verdict.
Sources
- filmprocessing.co.uk — Top film photography trends for 2026
- PetaPixel — Harman Phoenix II is a Brand-New Color 35mm and 120 Film Stock
- PetaPixel — Harman Phoenix II Film Review: Crunchy Pastels
- Shoot It With Film — Harman Phoenix I vs Phoenix II Film Comparison
- Analogue Wonderland — Harman Phoenix vs Phoenix II vs Kodak Gold
- filmprocessing.co.uk — Harman Phoenix vs Phoenix II
- Digital Camera World — Harman Phoenix II 35mm film review
- Harman Photo — Harman Phoenix 200
- Analog.Cafe — Harman Phoenix 200 new colour film review
- Kosmo Foto — First rolls: Harman Phoenix II 35mm
- Blue Moon Camera Codex — Harman Phoenix II