Kentmere Pan 200 : la pellicule N&B d'Ilford qui vaut bien plus que son prix
La Kentmere a longtemps été perçue comme la version bon marché des films Ilford, un choix par défaut pour les étudiants à court d'argent ou pour remplir un chargeur qu'on ne voulait pas gaspiller avec de la HP5+. La Pan 200, lancée en mai 2025, change un peu la donne. Ce n'est pas seulement un film de plus dans la gamme ; c'est le maillon manquant entre la Pan 100 et la Pan 400, et ses premières sorties montrent qu'elle mérite d'être prise au sérieux, même par quelqu'un qui n'achète pas à la pièce.
Ce que Harman a fait concrètement
Kentmere est une sous-marque de Harman Technology, la même entreprise qui produit Ilford. Les deux lignes sortent des mêmes locaux, en Angleterre, avec les mêmes standards de fabrication. La différence entre un film Kentmere et un film Ilford, ce n'est pas la rigueur du procédé : c'est la formulation de l'émulsion et, en bout de ligne, le prix.
Pour la Pan 200, Harman a choisi une base acétate à faible densité de 0,125 mm, le même type de base qui équipe la plupart de leurs émulsions en 135. Le film est disponible en cassettes 24 et 36 poses DX-codées, en rouleau vrac de 30,5 mètres (100 pieds) et en 120. Pour l'instant, le prix tourne autour de 7,95 $ USD ou 5,50 £ pour un rouleau de 36 poses, soit nettement moins qu'une HP5+, qui s'échange généralement entre 9 et 11 $ USD selon les marchés.
ISO 200 : la vitesse oubliée
La grande absente de la gamme Kentmere jusqu'ici, c'était justement l'ISO 200. Et c'est curieux, parce que 200 ISO reste une vitesse très utile au quotidien : plus de souplesse en intérieur que l'ISO 100, grain plus fin que l'ISO 400, latitude correcte en lumière naturelle variable. La Pan 100 est excellente en plein soleil ou en studio avec de l'éclairage contrôlé, mais elle punit vite dès que la lumière baisse. La Pan 400 gère mieux l'obscurité, mais avec un grain plus présent.
La Pan 200 occupe cet espace intermédiaire honnêtement. En lumière naturelle diffuse, en fin d'après-midi, ou dans un intérieur éclairé convenablement, elle se comporte bien sans demander à compenser à l'exposition. Les testeurs qui l'ont utilisée à l'extérieur dans des conditions variées notent une gamme dynamique plus large que ce à quoi on s'attendrait pour ce format de prix, et des noirs bien tenus sans que les ombres s'écrasent complètement.
Ce qui surprend davantage, c'est le contraste. La Pan 200 est formulée pour offrir un contraste plus marqué que la Pan 100 et la Pan 400. En pratique, ça donne des blancs plus lumineux et des noirs plus denses, un rendu plus dramatique que ce que ses sœurs produisent à boîte égale. Pour de la photo de rue, du portrait en lumière tranchée ou du paysage avec un filtre rouge ou orange, ce profil de contraste est franchement bienvenu.
Comment elle se compare à la HP5+ et à la FP4+
La question revient à chaque fois qu'on sort une Kentmere : est-ce qu'on perd quelque chose par rapport à une Ilford ?
Pour être honnête, oui, un peu. La HP5+ reste une émulsion d'une souplesse remarquable : on peut la pousser à 1600, voire 3200 ISO avec le bon révélateur, et elle continue de produire des négatifs utilisables. Sa latitude à l'exposition est généreuse vers le bas et vers le haut. La FP4+, de son côté, offre un grain plus fin que tout ce que Kentmere propose, avec une finesse de détail qui se remarque à l'agrandissement, surtout au-delà de 30 × 40 cm.
La Pan 200 ne rivalise pas avec la HP5+ en termes de poussage. Elle peut être exposée à 400 ISO sans trop de dégâts, mais au-delà, les résultats deviennent moins prévisibles. Et elle ne remplace pas non plus la FP4+ si on cherche la finesse extrême du grain à basse sensibilité.
Par contre, pour un usage courant en extérieur ou en lumière naturelle, le rendu de la Pan 200 tient très bien la comparaison. La différence de grain entre une Pan 200 bien exposée et une FP4+ n'est pas énorme en utilisation normale ; elle se remarque surtout sous la loupe, ou sur de très grands agrandissements. Et le prix de la Pan 200 représente une économie réelle sur le long terme, surtout si on tire beaucoup de rouleaux.
| Film | ISO natif | Poussage max. raisonnable | Grain | Contraste | Atout principal |
|---|---|---|---|---|---|
| Kentmere Pan 100 | 100 | 200 | Très fin | Modéré | Finesse en plein soleil |
| Kentmere Pan 200 | 200 | 400 | Fin | Marqué | Polyvalence / prix |
| Kentmere Pan 400 | 400 | 800–1600 | Présent | Modéré | Basse lumière accessible |
| Ilford FP4+ | 125 | 400 | Très fin | Modéré | Finesse de détail |
| Ilford HP5+ | 400 | 3200 | Moyen | Modéré | Latitude / poussage |
Développement : ce que dit la fiche technique, et ce qu'on observe en pratique
La fiche technique officielle de Harman (disponible sur le site d'Ilford Photo, datée de mars 2025) donne la mesure ISO à 20 °C en ID-11, agitation intermittente en cuve spirale. C'est le point de départ standard. Pour les temps précis selon votre révélateur, référez-vous directement à cette fiche, les données changent parfois entre l'annonce et la version finale, et il vaut mieux partir du document officiel plutôt que de temps notés ici ou là.
En Rodinal, la Pan 200 se comporte de façon intéressante. La dilution 1+50 à 20 °C accentue le micro-contraste et rend le grain légèrement plus visible, ce qui peut être voulu ou non selon le sujet. Pour de la photo de rue avec un grain affirmé, c'est plaisant. Pour un portrait en lumière douce, on préférera peut-être un révélateur à grain plus fin. À 1+25, le résultat est plus conventionnel. Les données communautaires de Rodinal ne sont pas encore totalement stabilisées pour ce film ; le Massive Dev Chart (digitaltruth.com) commence à accumuler des retours utiles à mesure que les photographes partagent leurs essais.
En studio et en lumière artificielle
Sur ce terrain, la Pan 200 se défend bien. Avec un éclairage de studio contrôlé, flash ou lampes continues, la pellicule tire profit de son profil de contraste : les transitions entre zones lumineuses et zones sombres sont nettes, les basses lumières gardent du détail. Pour du portrait ou du produit en studio à budget limité, c'est une option valable, à condition de ne pas chercher le rendu très doux et très analogue de la FP4+.
Pour qui, dans quelle situation
La Pan 200 n'est pas pour tout le monde dans toutes les circonstances. Elle a un profil assez défini, et autant en profiter plutôt que de la traiter comme un substitut universel.
Elle convient bien à quelqu'un qui tire beaucoup de rouleaux en extérieur dans des conditions de lumière naturelle variées, et qui ne veut pas payer le prix de la HP5+ ou de la FP4+ à chaque sortie. Pour les photographes qui font leurs premiers pas dans le développement maison, elle représente aussi un bon compromis : moins chère, suffisamment tolérante pour pardonner quelques erreurs de développement sans trop punir, et le résultat est souvent plaisant même sans chercher à optimiser.
Pour quelqu'un qui pousse régulièrement ses films, qui travaille souvent en basse lumière ou qui agrandit en très grand format, la HP5+ reste plus polyvalente. Et pour celui ou celle qui cherche avant tout la finesse du grain, la FP4+ ou même la Pan 100 de Kentmere fera mieux.
En 120, la Pan 200 est encore plus intéressante : le grain plus fin qui découle du format plus grand rapproche le rendu d'une émulsion de milieu de gamme, à un prix qui reste très compétitif. Si vous avez un moyen format et que vous hésitez à essayer du noir et blanc abordable, c'est une piste sérieuse.
Pour aller plus loin
Si vous voulez comparer directement la Pan 200 avec ce qu'Ilford propose, le plus simple reste de tirer un rouleau de chaque en conditions identiques : même boîtier, même lumière, même révélateur. La différence de rendu devient évidente à l'agrandissement ou à la numérisation côte à côte. La Kentmere Pan 200 en 36 poses s'achète maintenant chez la plupart des revendeurs argentiques en ligne. La HP5+ d'Ilford est l'étalon de comparaison naturel, et la FP4+ pour ceux qui veulent monter en finesse sans sauter dans le haut de gamme.
Pour le développement, la fiche technique officielle d'Harman (sur ilfordphoto.com) est le point de départ pour tous les révélateurs Ilford. Le Massive Dev Chart (digitaltruth.com) accumule rapidement des données communautaires pour Rodinal et d'autres révélateurs moins courants, utile une fois que les temps se stabilisent après quelques mois de retours terrain.
Si vous développez en Rodinal et que vous voulez un point de départ avant que les données officielles soient bien rodées, commencez par les temps indiqués pour la Kentmere Pan 400 à iso équivalent et ajustez vers le bas : plusieurs photographes ont trouvé que la Pan 200 développe un peu plus vite.
Sources
- filmprocessing.co.uk — Top film photography trends for 2026
- PetaPixel — Kentmere Pan 200 is a brand-new black-and-white film from Harman
- PetaPixel — Kentmere Pan 200 review: your new daily driver film
- Digital Camera World — Kentmere Pan 200 35mm film review
- Analog Cafe — Kentmere Pan 200 film review
- Ilford Photo — Fiche technique officielle Kentmere Pan 200 (PDF)
- Kosmo Foto — Harman Technology releases Kentmere 200 black-and-white film
- PhotoNews Canada — Harman Technology announces a brand-new ISO 200 black-and-white film
- Photrio — Two new film converting machines at Harman
- The Darkroom — The best budget black-and-white film: Kentmere Pan 200