Matériel · 2026-09-11

Pentax 17 : le seul compact argentique demi-format neuf vaut-il vraiment 500 $ — et peut-on faire confiance à Ricoh sur le long terme ?

Le Pentax 17 est sorti en juin 2024 avec beaucoup de bruit. Un compact argentique demi-format tout neuf, produit par un grand fabricant établi, avec une optique neuve traitée HD, un gabarit pensé pour la poche : ça n'existait plus depuis des décennies. La communauté film a salué l'annonce presque unanimement. Mais après quelques mois de recul, deux questions méritent d'être posées séparément, parce qu'elles n'ont pas la même réponse : est-ce un bon appareil pour l'usage quotidien ? Et est-ce que Ricoh, derrière la marque Pentax, est vraiment engagée dans le retour de l'argentique, ou est-ce un pari de niche qu'on abandonnera dès que la vogue se refroidit ?

Ce que le Pentax 17 est réellement

Commençons par les faits techniques, parce qu'ils conditionnent tout le reste.

Le format demi-cadre (ou half-frame) signifie que chaque image mesure 17 mm × 24 mm au lieu des 36 × 24 mm habituels. Deux images occupent donc l'espace d'une seule image plein format. Sur un rouleau 36 poses, on obtient 72 images. C'est là l'avantage principal, et il n'est pas négligeable quand la pellicule coûte ce qu'elle coûte en 2024-2025.

Comparaison des surfaces de négatif : plein format 36×24 mm versus demi-format 17×24 mm Plein format 36 × 24 mm — 1 pose Demi-format 17 × 24 mm 2 poses =
Deux images demi-format (17 × 24 mm) occupent exactement le même espace qu'une image plein format (36 × 24 mm) sur le négatif.

L'objectif est un 25 mm F3.5 à mise au point par zones, traité avec le revêtement HD que Pentax applique à ses optiques reflex. La focale équivalente en 35 mm plein format est d'environ 37 mm, ce qui place le rendu quelque part entre un grand-angle discret et un légèrement standard. Ricoh affirme que ce design s'inspire de l'optique du Pentax Espio Mini de 1994, un compact point-and-shoot apprécié à l'époque. L'obturateur est un obturateur à lamelles intégré à l'objectif (leaf shutter), avec une plage de 1/350 s à 4 s plus le Bulb.

Ce qu'il n'y a pas : le contrôle manuel de la vitesse ou du diaphragme. L'appareil est entièrement en mode Programme AE. On peut corriger l'exposition en jouant sur la sensibilité ISO qu'on déclare manuellement (de ISO 50 à 3200), mais c'est tout. Pas de priorité diaphragme, pas de priorité vitesse. Ce choix a clairement divisé les utilisateurs. Pour un photographe qui aime maîtriser chaque paramètre, c'est frustrant. Pour quelqu'un qui cherche un compact rapide à dégainer sans réfléchir, c'est parfaitement cohérent avec l'intention du boîtier.

La mise au point par zones se fait via une molette sur l'objectif, avec des positions classiques : portrait, groupe, paysage. C'est rudimentaire mais efficace en pratique, surtout avec un F3.5 sur un petit format qui a tendance à générer une profondeur de champ confortable.

La construction est solide. Les platines supérieure et inférieure sont en alliage de magnésium, ce qui donne une rigidité et une sensation en main rassurantes pour un compact. L'appareil pèse 290 g sans batterie ni pellicule, avec des dimensions de 127 × 78 × 52 mm. Il tient dans une poche de veste sans problème. L'avancement de la pellicule se fait à la main avec un levier, ce qui est à la fois un choix esthétique et un signal clair : Ricoh ne cherche pas à faire un appareil discret en mode tout-automatique, mais à recréer une partie du rituel argentique.

Ce que le Pentax 17 n'est pas

Il vaut la peine d'être honnête sur ce que cet appareil ne fait pas, parce que plusieurs acheteurs potentiels semblent avoir des attentes mal placées.

Ce n'est pas un appareil pour le photographe qui veut du contrôle créatif pointu. Sans contrôle manuel de l'exposition, vous êtes à la merci du programme interne de l'appareil. Dans la grande majorité des situations courantes, ça fonctionne bien. En lumière difficile, en contre-jour, dans des conditions de fort contraste, ça peut devenir compliqué. La parade habituelle, régler l'ISO un ou deux crans au-dessus ou en dessous de la sensibilité réelle de la pellicule, demande d'avoir l'habitude.

Ce n'est pas non plus un appareil pour le grain expressif ou l'esthétique argentique très tranchée. Le format demi-cadre produit des images plus douces, avec un grain plus apparent pour un ISO donné, mais ça reste un compact à optique courte sur un petit négatif. Les résultats sont plaisants, souvent très plaisants, mais ce n'est pas le rendu d'un 6×6 ou même d'un plein format 35 mm bien exposé sur une pellicule lente.

Ce que le format demi-cadre apporte par contre, c'est une rythmique différente. Composer verticalement par défaut change quelque chose dans la façon de voir. On est poussé vers des cadrages plus proches de ceux qu'on ferait avec un smartphone, ce qui a du sens si on veut que les images « vivent » sur Instagram ou des stories, mais ça peut être déroutant au début si on vient du plein format horizontal.

La question du prix

Le Pentax 17 se vend autour de 499 $ USD au lancement (environ 680 $ CAD selon les revendeurs canadiens). C'est cher pour ce que c'est, et il faut le dire clairement.

À ce prix, on est loin d'un point-and-shoot vintage qu'on trouve sur eBay pour 80 à 150 $. On paye pour trois choses : l'optique neuve (et clairement meilleure que celle de la majorité des compacts d'occasion à l'état inconnu), la garantie d'un fabricant établi avec un service après-vente, et le fait d'avoir un appareil neuf, prévisible, avec un fonctionnement certifié. Ces trois éléments ont une valeur réelle, surtout depuis que le marché des compacts argentiques d'occasion a explosé en prix depuis 2020-2021, avec des appareils comme le Contax T2 ou le Minolta TC-1 atteignant des sommes absurdes.

Appareil État Prix indicatif Garantie
Pentax 17 Neuf ~499 $ USD / ~680 $ CAD Fabricant
Olympus Stylus Epic (d'occasion) Inconnu 80–150 $ Aucune
Contax T2 (d'occasion) Variable 600–1 200 $+ Aucune
Canon Sure Shot (d'occasion) Inconnu 120–150 $ Aucune

Mais l'argument ne tient que si l'appareil fait vraiment ce qu'il promet et qu'il tient dans le temps. C'est là que la question suivante devient incontournable.

Ricoh et l'argentique : engagement réel ou calcul de niche ?

Le Pentax Film Camera Project a été annoncé en décembre 2022. En mars 2024, Ricoh a confirmé que le projet passait à l'étape suivante de développement, et le Pentax 17 est sorti en juin 2024. C'est un délai raisonnable pour un fabricant qui revenait sur un territoire qu'il n'avait pas fréquenté depuis presque vingt ans.

Mais en mars 2025, Ricoh déclarait publiquement qu'il faudrait probablement attendre un bon moment avant de voir un autre appareil argentique Pentax. La raison invoquée était claire : la compagnie voulait d'abord analyser la réception du Pentax 17, comprendre ce que les utilisateurs veulent vraiment, et construire à partir de là. C'est une posture prudente, légitime commercialement, mais pas exactement ce qu'on attend d'un fabricant qui prétend croire profondément au retour de l'argentique.

Chronologie du Pentax Film Camera Project de 2022 à 2026 Déc. 2022 Annonce projet Juin 2024 Sortie Pentax 17 2026 Nouveau DSLR K annoncé Mars 2024 Confirmation dev. Mars 2025 Pause argentique annoncée
Chronologie indicative du Pentax Film Camera Project — sources : Pentax Rumors, PetaPixel, Fstoppers.

En parallèle, en 2026, Ricoh a annoncé qu'il développait une nouvelle série de boîtiers DSLR Pentax à monture K, basée sur un concept entièrement nouveau, tout en affirmant ne pas abandonner les reflex. Ce positionnement à double porte (argentique et reflex numérique de niche) ressemble plus à une stratégie de survie pour une marque qui cherche ses marges dans des segments délaissés par les grands acteurs, plutôt qu'à un vrai plan de reconquête du marché argentique.

Est-ce que c'est une mauvaise chose pour l'acheteur du Pentax 17 ? Pas nécessairement. Un appareil bien conçu reste un bon appareil indépendamment de ce que la compagnie annonce trois ans plus tard. Mais ça soulève une question pratique : si le Pentax 17 tombe en panne dans cinq ans, est-ce que Ricoh sera encore là pour le réparer ? Est-ce qu'il y aura des pièces de rechange ? L'historique de Ricoh avec le service après-vente de ses appareils numériques de niche n'est pas catastrophique, mais ce n'est pas non plus Leica.

Ce que Ricoh n'est pas, c'est un opportuniste pur. L'investissement dans le développement d'une optique neuve avec traitement HD, dans un corps en alliage de magnésium, dans un projet qui a mobilisé des ingénieurs pendant des années… ce n'est pas le genre de démarche qu'on fait pour surfer sur une tendance de six mois. Mais ce n'est pas non plus un engagement inconditionnel. C'est une compagnie pragmatique qui a flairé une opportunité commerciale, s'y est investie avec sérieux, et surveille les résultats. Ce n'est ni héroïque ni cynique. C'est de la gestion d'entreprise.

En pratique : pour qui est-il fait ?

Le Pentax 17 est bien fait pour quelqu'un qui veut un compact argentique fiable, neuf, avec une vraie optique, sans se casser la tête à trouver un boîtier d'occasion en état inconnu. Le format demi-cadre est un bonus concret : deux fois plus d'images par rouleau, ce qui compense partiellement le prix élevé de la pellicule au fil du temps.

Il correspond moins bien au photographe qui a déjà un Olympus Stylus Epic en bon état, ou un Nikon L35AF, et qui cherche un argument pour justifier un upgrade. Dans ce cas, l'upgrade n'est probablement pas là.

Il est également intéressant comme premier appareil argentique pour quelqu'un qui vient de la photographie numérique ou du smartphone, qui ne veut pas passer des heures à fouiller les marchés d'occasion, et qui est prêt à payer pour la tranquillité d'un boîtier neuf avec garantie. L'interface est simple, la prise en main est immédiate, et le résultat est cohérent.

Pour aller plus loin

Si le Pentax 17 vous intéresse, quelques pistes concrètes avant de passer à la caisse :

Testez d'abord le format demi-cadre avec un appareil d'occasion. Un Olympus Pen EE ou un Canon Demi de l'époque se trouve encore à prix raisonnable et vous donnera une idée de ce que ça implique de travailler en vertical avec un petit négatif. C'est différent, et ce n'est pas pour tout le monde.

Enfin, si la question du service après-vente vous préoccupe, vaut la peine de contacter Ricoh Imaging Canada directement avant d'acheter pour confirmer les modalités de réparation et la disponibilité des pièces. C'est le genre d'information qui se vérifie à la source plutôt qu'en ligne, et la réponse vous en dira beaucoup sur le niveau d'engagement réel de la compagnie envers ses produits argentiques.

Sources