Actualité industrie · 2026-09-04

Quand Eastman Kodak reprend ses films en main : Ektacolor Pro, Ektapan et Kodacolor, six mois plus tard

Depuis le printemps 2026, le rayon pellicule a changé d'aspect dans bien des boutiques. De nouvelles boîtes jaunes portent des noms qu'on n'avait plus vus depuis des décennies : Ektacolor Pro, Ektapan, Kodacolor. Eastman Kodak distribue maintenant directement six références professionnelles, après avoir passé plus de dix ans à laisser Kodak Alaris gérer cette partie du travail. Pour le photographe argentique qui commande ses films en ligne ou qui fouille les tablettes de sa boutique locale, la question est simple : est-ce que ça change quelque chose dans la pratique, ou c'est juste une histoire de logo sur la boîte?

Deux Kodak, une seule usine : rappel du contexte

Eastman Kodak a toujours fabriqué les films Kodak, mais en 2012, au sortir de la faillite, la compagnie a vendu sa division commerciale et marketing à Kodak Alaris. Ce sont deux entités distinctes depuis lors. Kodak Alaris possède les marques Portra et T-Max, pas Eastman Kodak. C'est là que tout se complique: l'usine de Rochester continue de produire l'émulsion, mais les noms les plus reconnus dans le monde professionnel appartiennent à une autre compagnie, basée en Angleterre.

En septembre 2025, Eastman Kodak a amorcé un plan pour reprendre le contrôle de sa propre distribution, en commençant modestement avec deux nouvelles références couleur. Le processus a débuté avec Kodacolor 100 et 200, puis s'est étendu à Kodak Gold 200 et Ultramax 400 en novembre, Ektar et Tri-X en janvier, et Ektachrome en février 2026. Le 24 mars 2026, Ektacolor Pro et Ektapan ont atterri et semé la confusion chez beaucoup de photographes argentiques du jour au lendemain.

L'annonce de mai 2026, qui ajoutait des grands formats et des bobines de 100 pieds, marquait la fin du déploiement complet par Eastman Kodak, quelque 14 ans après que la distribution avait été confiée à Kodak Alaris dans la foulée de la faillite de 2012.

Même émulsion, nom différent — pas de mystère

C'est la question que tout le monde se pose en premier. Ektacolor Pro 160, 400 et 800 sont des versions rebaptisées du légendaire Portra, maintenant disponibles directement par Eastman Kodak. Du côté noir et blanc, Ektapan est disponible en ISO 100, 400 et P3200.

Kodak Ektacolor Pro est la gamme Portra sous un nouveau nom. Les vitesses, les formats et la qualité d'image correspondent exactement, parce qu'Eastman Kodak enrobe la même émulsion. Ce n'est pas une reformulation ni une version allégée : c'est littéralement le même film, sorti de la même usine, avec une nouvelle étiquette parce que l'ancienne appartient à quelqu'un d'autre.

En pratique, ça veut dire que tous les profils de développement, les temps en révélateur, les courbes que vous avez accumulées sur Portra 400 ou T-Max 100 restent valides sans ajustement. Si vous développez à la maison, vous n'avez rien à changer. Ektacolor Pro 400 en C-41 se développe exactement comme Portra 400 ; Ektapan 100 répond au D-76, au HC-110 ou à l'Ilfosol comme son prédécesseur.

Et Kodacolor 100 et 200, c'est quoi?

Kodacolor est une autre affaire. Eastman Kodak a sorti, presque par surprise, deux négatifs couleur appelés Kodacolor 100 et 200. Ces films ne seraient pas de nouvelles émulsions, mais des versions rebaptisées de Kodak Pro Image 100 et ColorPlus 200, deux références grand public de longue date.

Ces deux films sont sous la bannière d'Eastman Kodak, et c'est la première fois depuis plus d'une décennie que Kodak vend directement à ses distributeurs. Ce positionnement cible clairement le segment entrée de gamme et voyage, en deçà de l'Ektar ou de l'Ektacolor Pro. Pour le photographe qui cherche un film de tous les jours sans payer le prix d'un film professionnel, le Kodacolor 200 pourrait devenir un choix courant.

Ce que ça change concrètement pour le prix

C'est probablement le point le plus tangible pour l'acheteur. L'Ektacolor Pro en 35mm démarre à 16,99 \(US le rouleau, et les économies par rapport à Portra sont modestes, environ 1 à 1,04\) par rouleau, mais elles s'accumulent pour qui achète régulièrement des briques de 5 à 10 rouleaux.

En 2026, l'Ektacolor Pro 400 se vend entre 17 et 30 $ US le rouleau de 35mm selon le détaillant, ce qui est cohérent avec les prix que Portra affichait en fin de période Alaris. Ce n'est pas une révolution tarifaire, mais dans un marché où les prix ont grimpé de façon soutenue depuis 2020, une légère baisse reste la bienvenue.

Au Canada, la conversion reste à surveiller. Les prix en dollars canadiens varient selon le détaillant, et la chaîne de distribution n'est pas encore totalement stabilisée. Certains marchands reçoivent déjà de l'Ektacolor Pro en stock, d'autres écoulent encore leur inventaire Portra Alaris. Les deux coexisteront probablement pendant plusieurs mois.

La question du rebranding : opportunité ou casse-tête?

Honnêtement, les deux. Pour Eastman Kodak, récupérer le contrôle direct de la distribution est une décision d'affaires qui fait sens : marges meilleures, relation directe avec les détaillants, capacité de réagir aux fluctuations du marché sans passer par un intermédiaire. C'est la fin de la période de distribution externalisée, amorcée dans la foulée d'une faillite. Symboliquement, c'est fort.

Pour l'acheteur, c'est plus nuancé. Quelqu'un qui découvre l'argentique en 2026 et qui cherche « Portra » dans un moteur de recherche ne trouvera pas nécessairement l'Ektacolor Pro. Les guides de développement, les recettes sur Massive Dev Chart, les articles de référence : tout parle encore de Portra et de T-Max. Ce fossé entre la documentation existante et les nouveaux noms va durer un moment.

Eastman Kodak a toujours fabriqué les films, mais a vendu sa division des ventes et du marketing à Kodak Alaris, ce qui explique la situation actuelle où les deux entités opèrent sous le nom « Kodak ». Pour quelqu'un qui n'a pas suivi ce chapitre de l'histoire de la compagnie, voir deux gammes « Kodak » au même endroit peut créer une vraie confusion. Surtout que Kodak Alaris continue de vendre du Portra et du T-Max en parallèle, au moins pour l'instant.

Ektacolor Pro 800 est décrit comme offrant « d'excellentes performances en basse lumière tout en maintenant des tons chair naturels et une couleur équilibrée » — ce qui, mot pour mot, correspond à ce que Kodak Alaris affiche sur ses fiches Portra 800. La filiation est évidente, mais le consommateur doit faire le lien lui-même.

L'impact sur la disponibilité au Canada

C'est encore difficile à évaluer précisément. La transition vers la distribution directe par Eastman Kodak prend du temps à se répercuter jusqu'aux détaillants canadiens indépendants. Les grandes plateformes en ligne (B&H, Adorama) reçoivent du stock assez rapidement, mais pour les boutiques spécialisées en région, le délai est plus long.

Le signal positif, c'est qu'Eastman Kodak contrôle désormais l'ensemble de la chaîne pour ces six nouvelles références. En théorie, moins d'intermédiaires signifie moins de goulots d'étranglement. En pratique, les ruptures de stock qui ont marqué les années 2021-2024 avaient des causes multiples — pénuries de matières premières, demande explosive — pas uniquement la structure de distribution. Il serait optimiste de penser que le simple fait de changer de distributeur va résoudre les problèmes d'approvisionnement.

Eastman Kodak a obtenu un distributeur au Royaume-Uni pour ses films rebaptisés, ce qui suggère que l'expansion du réseau de distribution continue de s'étendre au-delà des États-Unis. Pour le Canada, ça reste à confirmer.

Pour aller plus loin

Si vous voulez tester les nouveaux noms sans désorienter votre routine de développement, commencez par un rouleau d'Ektapan 400 développé avec les mêmes paramètres que votre T-Max 400 habituel — les résultats devraient être pratiquement identiques. Pour les développeurs maison, le Kodak D-76 reste une référence solide, dilué 1+1 à 20°C; les temps de la fiche technique Kodak pour T-Max 400 s'appliquent directement.

Pour la couleur, l'Ektacolor Pro 400 en 35mm ou en 120 est le point d'entrée naturel pour quiconque possédait déjà des repères sur Portra 400. Si vous numérisez vous-même vos négatifs, vos profils de scan existants ne nécessitent aucun ajustement.

Enfin, si vous êtes curieux du Kodacolor 200 comme film de tous les jours, sachez que ses origines supposées (ColorPlus 200) en font un négatif plus tolérant, moins raffiné que l'Ektacolor Pro — mais souvent suffisant pour la rue ou le voyage, et probablement moins coûteux à l'achat.

Sources